Pourquoi cette analyse ? Laissons Harry Levinson en définir le sens et la portée. « Vivre, écrit il, est un processus de continuelle adaptation. Les buts, les désirs et les aspirations personnels d’un homme sont en perpétuelle évolution et sans cesse modifiés par ses expériences. C’est pourquoi il est difficile à un individu d’exprimer de façon concrète ses objectifs personnels.
Néanmoins chacun de nous possède en soi un tracé de la route qu’il voudrait suivre, une image de ce qu’il compte devenir. Les psychologues appellent cela l’idéal du moi, qui résulte de notre échelle de valeurs personnelles, des espoirs que nos parents et amis ont placés en nous, de nos compétences, de nos dons et de notre comportement. L’idéal d’un homme, c’est essentiellement ce qu’il estime qu’il devrait être. Cela relève d’ailleurs en grande partie du domaine de l’inconscient raison de plus pour qu’il n’apparaisse pas clairement.
« Bien qu’un homme ne puisse, en général, exprimer son idéal du moi, il peut du moins parler des expériences qui ont été particulièrement satisfaisantes pour lui, et même stimulantes. II peut préciser en quelles circonstances il s’est vraiment senti « au meilleur de lui même ». S’il lui est donné d’exposer librement ses expériences satisfaisantes et ce qui peut devoir, dans l’avenir, lui être bénéfique, il touche au noyau central de son moi. Quand la chance lui est offerte de s’exprimer, il commence à y voir plus clair, comprendre quel est le véritable « moteur » de sa vie. Passant en revue les divers choix professionnels qu’il a pu faire et les raisons qui l’y ont poussé, il apercevra le fil conducteur, le facteur commun à tous ces choix et, par conséquent, le trait principal de sa personnalité. Il sera donc mieux placé pour peser son choix en fonction de cette personnalité. »On ne peut mieux définir l’objet de l’analyse que nous vous proposons de faire : il s’agit pour vous de descendre au plus profond de vous même et de percevoir à travers vos actes passés et vos aspirations présentes quels sont les besoins profonds que vous cherchez personnellement à satisfaire. Cet effort de lucidité vous permettra de choisir un premier emploi et de vous orienter vers une carrière qui soit un instrument de satisfaction réaliste de vos principales exigences et non une source permanente de frustrations.
Votre bonheur professionnel en dépend : L’intérêt pour une profession ou pour un métier ne peut vraiment naître que d’une connaissance précise et concrète de tout ce que suppose son exercice, quelle que soit la firme où elle s’exerce et quel que soit le moment où on l’accomplit (en début ou en cours de carrière). Toute fonction se définit par un certain type de préoccupations intellectuelles, un certain style d’activités quotidiennes, un certain mode de vie, un certain rythme de travail, etc. Certaines contraintes sont temporaires mais d’autres sont inhérentes à la fonction. Si vous sentez dès le départ qu’elles vous pèsent, votre intérêt pour la fonction n’est que superficiel vous n’avez aucune chance de vous y plaire et de vous y épanouir.
A titre d’exemples, vous n’aurez pas le sentiment de réussir votre vie si, n’aimant guère voyager et préférant les horaires réguliers, vous choisissez, sans y prendre garde, une profession d’ingénieur commercial. De même, vous n’aurez pas l’impression d’être dans votre élément si, aimant les contacts humains fréquents et la vie peu routinière, vous choisissez, sans y réfléchir, de travailler dans la recherche développement, qui suppose généralement une certaine solitude et une certaine constance dans le travail.
Ces exemples sont simples, s simples même qu’ils peuvent apparaître comme des lapalissades, mais ils doivent être médités, car trop nombreux sont ceux qui choisissent une profession pour son intérêt qu’ils confondent en fait avec son « prestige » sans tenir compte de ses conditions d’exercice qui, s’ils y regardaient de prés, la rendraient totalement inintéressante à leurs yeux. De ce manque d’évaluation naissent souvent la morosité, l’ennui, l’insatisfaction, le désenchantement...
Aussi devez vous ultérieurement effectuer votre choix, en vous demandant très concrètement si la fonction ou le style d’entreprise qui vous attirent sont susceptibles de vous apporter les satisfactions personnelles que vous recherchez.
Adoptez une démarche très concrète : Pour y réfléchir avant de vous engager dans toute recherche, vous pouvez adopter la démarche d’analyse suggérée par Harry Levinson : décrivez les circonstances dans lesquelles vous vous êtes senti au meilleur de vous même et ce que vous pensez, dans l’avenir, pouvant vous être bénéfique. L’esprit de la méthode nous paraît excellent. C’est sur le terrain des moyens d’utilisation qu’elle risque d’achopper. Elle ne donne de bons résultats que si elle est appliquée dans une situation de dialogue entre vous et un psychologue, rompu aux techniques de l’entretien non directif, qui vous écoute, vous aide à vous exprimer, à préciser votre pensée, à creuser certains points. Si vous tentez de l’utiliser seul en vous forçant à exprimer sur une feuille de papier ce que vous ressentez, vous risquez d’être très vite découragé par l’ampleur et la difficulté de l’effort (impression pénible de n’avoir rien à dire ou de ne pas savoir vous exprimer, par exemple).
Aussi une autre démarche d’esprit plus directif nous paraît elle s’imposer. Nous vous proposons d’effectuer l’analyse de vos besoins profonds, de vos aspirations et désirs à cinq niveaux que nous considérons comme fondamentaux dans une optique professionnelle : le niveau cérébral, affectif, moteur, émotionnel et moral. Comme dans les précédents paragraphes, nous vous fournissons un canevas d’analyse qui figure dans le tableau VI, nous vous invitons à réfléchir sur ces cinq thèmes et à formuler vos appréciations personnelles après avoir médité quelques instants les analyses ci dessous qui vous indiquent dans quel esprit vous interroger :
Le niveau cérébral : Vous souhaitez utiliser vos facultés intellectuelles, quelles qu’elles soient, le mieux possible mais dans un contexte où vous pourrez exploiter au maximum votre forme particulière d’intelligence : plutôt concrète ou plutôt abstraite, généralisant ou particularisante, logique ou intuitive, rapide ou lente, imaginative ou raisonnable, etc. Il va sans dire que vous aurez l’impression de ne pas être dans votre élément si, aimant effectuer des analyses précises et soignées au terme de recherches approfondies, vous occupez un poste exigeant que vous effectuiez des synthèses globales après une analyse rapide et superficielle des données.
Il vous sera relativement facile d’analyser votre forme d’intelligence en vous posant plusieurs questions : avez vous une forme d’intelligence plutôt tournée vers l’abstrait (les théories, les raisonnements) ou le concret (les mécaniques, les objets) ? Avez vous tendance à analyser avant tout les grandes lignes des problèmes et à en sauter les détails ? Trouvez vous la
solution des problèmes en vous fondant sur votre intuition ou sur une analyse logique des données ? etc.
Le niveau affectif : Vous préférez travailler dans un milieu où votre goût ou votre aversion pour les relations interpersonnelles pourra être exploité ou respecté dans certaines conditions particulières multiplicité ou rareté des contacts, contacts individuels ou en groupe, travail en équipe ou en solitaire, rapports d’autorité ou de subordination, etc. A l’évidence, vous vous sentirez mal à l’aise dans une fonction commerciale si, par tempérament, vous n’aimez guère nouer des relations avec les autres ou si vous préférez travailler dans la solitude de votre bureau.
Le niveau moteur : Vous avez fondamentalement envie de travailler dans un contexte où votre besoin de dépense énergique (aussi bien physique qu’intellectuelle) pourra trouver à s’exprimer dans des conditions particulières suivant votre tempérament rythme rapide ou mesuré, tâches sédentaires ou exigeant du mouvement, actions répétitives ou variées, etc.
Le niveau émotionnel : Vous préférez travailler dans une atmosphère où vous pourrez sauvegarder votre équilibre nerveux personnel en évitant les troubles susceptibles de désorganiser votre personnalité et en recherchant les expériences constructives.
Vous ne réussirez pas dans un poste d’entraîneur d’hommes toujours sur la brèche, voyageant par monts et par vaux, si, par tempérament, vous êtes un homme fatigable, aimant économiser ses forces, agir lentement et prudemment. Vous pourrez, en revanche, être très utile et très performant dans une position d’analyste financier, travaillant dans le cadre de son bureau et tenu de fournir des résultats à une date donnée.
Dans quelles circonstances trouvez vous votre équilibre nerveux ? Supportez vous les déplacements, la tension d’esprit, les conflits de personnes, etc. ? Aimez vous l’imprévu ou préférez vous avoir une vie bien réglée ? etc.
Le niveau moral : Vous souhaitez au fond de vous même que votre travail vous permette d’être fidèle aux « valeurs » que votre éducation vous a inculquées : rigueur ou laxisme à l’égard de certains principes, franchise, attrait pour le côté « noble » de certaines activités, etc.
Vous ne réussirez pas dans la vente ou la recherche développement, si les produits que vous devez commercialiser ou mettre au point vous paraissent être des gadgets inutiles. Vous ne travaillerez pas avec conviction si les études que vous êtes amené à faire dans une société de conseils vous paraissent être « du vent ».
Que voulez- vous à tout prix ne pas faire ? Pourquoi ? Quelles activités vous répugnent ? Pourquoi ? Quelles secrètes raisons vous attirent vers telles autres ? etc.
Cette énumération n’est pas limitative ; les besoins profonds auxquels une profession doit satisfaire varient beaucoup d’un individu à un autre. Cette analyse aura permis de mettre en lumière les principaux de ces besoins a vous d’évaluer le plus précisément possible votre complexe combinaison personnelle...