La question se pose pour vous en termes simples : avez vous de plus grandes chances de réussir une brillante carrière en partant pour l’étranger qu’en restant en France ? Le problème n’est pas nouveau mais l’expansion des firmes françaises sur les marchés étrangers (objectif du vie Plan) et le développement des groupes multinationaux lui donnent une dimension nouvelle : filiales, établissements commerciaux, usines vont se multiplier et susciter l’envoi, dans les pays où ils seront implantés, de « missi dominici » des maisons mères. Aussi ne soyez pas surpris si l’on vous propose, dans l’une ou l’autre firme, un poste dans un pays étranger.
Si une telle perspective vous séduit, nous ne saurions trop vous conseiller d’être prudent. Méfiez vous des miroirs aux alouettes ! Les postes à l’étranger présentent des avantages et des inconvénients que vous devez évaluer en tenant compte de vos objectifs propres. Partir pour l’étranger est une voie pleine de promesses. Ce n’est plus être envoyé en exil. Vous pouvez courir le risque d’accepter de tels postes sans craindre de retarder votre ascension ou d’être éloigné à tout jamais des centres de décision. Les postes à l’étranger constituent même d’excellentes filières pour accéder aux responsabilités suprêmes dans les groupes multinationaux qui vont se multiplier dans les dix prochaines années. D’aucuns l’ont déjà suivi avec succès. Et tout laisse à penser que ce mouvement va se poursuivre : l’expansion des firmes françaises sur les marchés étrangers rend indispensable la constitution en leur sein d’équipes de direction multinationales.
Vous serez bien placé pour y accéder si vous avez fait vos armes et vos preuves à l’étranger (au minimum pendant cinq à dix ans) dans une filiale d’un groupe industriel, dans une banque ou dans un établissement commercial.
Pour séduisante qu’elle soit, une telle perspective de carrière n’est cependant pas offerte à tous ceux qui l’ambitionnent. Les places sont rares. Et ne réussit pas qui veut. Une carrière internationale comporte des risques et des servitudes qu’il ne faut pas sous estimer avant de s’y engager :
Sur le plan humain tout d’abord : Vous ne savez pas d’avance ce qui vous attend. Avant de partir, vous rêvez volontiers de siroter un whisky sous les palmiers de Tahiti, de vous baigner chaque soir dans les eaux des Caraïbes, de jouir des plaisirs de l’American Way of Life ou des paradis artificiels de l’Orient. La réalité est souvent décevante : vous vous morfondez dans une oasis déserte ou au 40e étage d’un building dans une rue ultra polluée.
Ici ou là le climat sera pénible ou supportable, les contacts sociaux seront difficiles ou aisés, les loisirs rares ou variés. Ici ou là votre femme se sentira isolée ou s’adaptera parfaitement, l’éducation de vos enfants vous posera d’insolubles problèmes ou se résoudra sans difficultés, etc. En acceptant de partir pour l’étranger, vous êtes sûr d’être confronté tôt ou tard à cette kyrielle de problèmes, souvent mineurs, parfois majeurs.
Sur le plan carrière, ensuite : vous n’êtes pas à l’abri de désagréables revers. Les possibilités d’avancement sur place sont plus ou moins limitées suivant les sociétés et suivant les pays. Tous les espoirs sont théoriquement permis dans les filiales des groupes multinationaux, installées dans les pays occidentaux, mais on peut vous oublier là où vous êtes ou vous muter, du jour au lendemain, aux antipodes de l’endroit où vous souhaitez aller. Dans les autres pays (Orient, Afrique), comme dans les sociétés moins importantes implantées à l’étranger, le champ de manoeuvre est encore plus restreint si vous faites vos preuves, vous deviendrez très rapidement directeur d’agence ou directeur de filiale dans un pays ou dans un autre... mais vous risquez d’y rester ! Par ailleurs, quels que soient vos mérites, l’accès à certains postes de responsabilités vous sera peut être fermé. Les pays africains tendent, par exemple, à obliger les sociétés à réserver aux autochtones les postes les plus intéressants et à laisser aux étrangers les tâches très spécialisées.
Les perspectives de rémunération ne sont pas toujours aussi attractives qu’il y paraît au premier abord. On ne vous offrira pas partout les mêmes avantages « sociaux » (prime d’éloignement, logement et voiture de fonction, paiement des frais de scolarité et des voyages, etc.). Les régimes fiscaux sont souvent plus lourds, le coût de la vie plus élevé que dans le pays d’origine. Et le désir de conserver un certain mode de vie (sur le plan alimentaire notamment) peut vous entraîner à faire des dépenses imprévues...
De toute façon, on ne vous envoie pas à l’étranger pour passer d’agréables vacances pendant un ou deux ans et pour vous y « remplir les poches » aux frais de la société. On vous y affecte pour remplir une mission bien précise sur un plan commercial ou technique. Votre séjour doit être assez long (au minimum trois à quatre ans) pour permettre d’amortir la période d’acclimatation. Et il risque de se prolonger : aux yeux d’un employeur, plus vous réussissez, plus vous devenez indispensable là où vous êtes. Plus vous restez, mieux vous connaissez le pays, la langue, les coutumes, les modes de vie et de pensée du pays ou de la région.
Tous comptes faits, pour réussir une aventure multinationale, il ne suffit pas d’être prêt à partir. La foi ne permet pas de renverser les montagnes. Il faut réunir un certain nombre de compétences et d’aptitudes. Trois nous paraissent essentielles.
Connaître parfaitement une ou plusieurs langues étrangères. Nous n’hésitons pas à le souligner bien que cela soit un lieu commun : on ne peut pas prétendre travailler dans un pays à un niveau relativement élevé si l’on n’en comprend pas et si l’on n’en parle pas couramment la langue. Cette compétence ne s’acquiert pas du jour au lendemain à coups de baguette magique ou de cours du soir. Il ’faut avoir ce que la sagesse populaire appelle des « facilités pour les langues » et beaucoup travailler !
Avoir une grande faculté d’adaptation. On ne peut travailler avec un égal succès, à intervalle de temps plus ou moins proche, dans un pays ou dans un autre si l’on ne fait pas preuve d’une grande faculté d’adaptation. Les méthodes de travail, les comportements, les habitudes sont différents d’une équipe à une autre. Loin de vouloir modeler chacune à son image, un manager doit les épouser avec leurs défauts et leurs qualités. Il doit de surcroît être capable de s’adapter aux différents marchés, d’en saisir la spécificité, d’orienter son action en fonction des besoins réels et non de l’image qu’il s’en fait. Cela demande beaucoup de doigté et d’expérience. Personne n’y parvient du jour au lendemain !
Avoir un bon contact humain. Tant sur le plan personnel que professionnel cette qualité est primordiale. Elle est un complément quasi indispensable de la précédente. On ne s’adapte bien dans un pays étranger que si l’on est capable de nouer facilement des relations avec les autres, avec les autochtones comme avec ses compatriotes.
Cela dit, nous ne prétendons pas avoir dessiné ci dessus, en quelques coups de plume, le profil du manager international. Le portrait est incomplet, trop stylisé et tracé à trop gros traits pour refléter l’exacte vérité. Puisse t il cependant vous avoir aidé à saisir les deux faces de la médaille des postes à l’étranger. Ne vous laissez pas séduire les yeux fermés. L’étranger n’est pas toujours l’Eldorado !