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 Avoir votre propre entreprise pourquoi pas ?

Nous n’allons pas nous étendre (hélas !) sur ce sujet passionnant qui à lui seul réclamerait de très longs développements. Le projet séduit bien des « managers en herbe » qu’effraie la perspective de rentrer dans des « sociétés bloquées » et qu’attire celle de « tenter l’aventure ». L’idée enchante les experts économiques on déplore à juste titre que le taux de natalité des entreprises soit, en France, très faible comparé aux États Unis. La célèbre « Route 128 » fait rêver de nombreux esprits.

Un contexte favorable ne suffit pas. II faut, pour créer une affaire, témoigner d’un certain nombre de qualités humaines que Claude Charmon V, directeur financier de la CEGOS, a excellemment analysés dans un document intitulé « Portrait robot des créateurs performants ». Nous en avons extrait pour vous les passages les plus significatifs mais nous vous invitons expressément à le méditer dans sa totalité si cette aventure vous tente. Huit qualités ont été « repérées » par l’auteur, en observant une dizaine de « cas ».

Ce sont des stratèges du produit : Contrairement aux grosses entreprises, où l’on trouve au sommet des managers professionnels du type gestionnaire ou administratif, la plupart de ces
hommes sont des amoureux du produit, souvent autoconcepteurs, ayant le sens de l’innovation technique, commerciale ou stratégique, le sens du créneau, du marché interstitiel...

Ce sont des marchands : Ce sont des marchands au sens millénaire, phénicien ou hanséatique, c’est à dire qu’ils sont pénétrés par une idéologie spécifique qui rejette les croyances traditionnelles centrées sur l’importance, le travail noble, la conformité. Dans notre pays, il est aristocratique de chercher (même sans trouver), de s’occuper de technique ou de procédure bureaucratique, et l’on laisse aux gens du commun le soin de solliciter le client, de le persuader, de vendre.

C’est un spectacle assez exceptionnel de voir vivre un vrai marchand. Il est avide de découvrir de nouveaux produits. Il soupèse la marchandise, il est fasciné par une invention tel un radar par une fusée : quand il apprécie un objet, il est comme malade de ne pas être celui qui en a l’exclusivité de vente. C’est un acheteur autant qu’un vendeur. Quand, dans une firme, on ne vend que ce que l’on a fabriqué, on peut être sûr qu’elle n’est pas dirigée par des marchands, tels ces soyeux lyonnais qui achetaient et vendaient dans le monde entier depuis leurs bureaux sans rideaux. Citons une caractéristique fréquente de ces hommes : ce sont presque toujours des voyageurs, aux aguets de ce qui se fait dans le monde.

Ce sont des accumulateurs patients : Les créateurs d’entreprises ont des qualités qui supposent l’envie de réaliser et la motivation pour avancer vite. Cela entraîne une certaine impatience dans l’action : ceux qui s’y laissent trop aller se font décimer, car ils n’ont pas la patience d’attendre l’accumulation de moyens (argent, hommes, know how...) pour passer à l’offensive.

Ceux qui survivent sont ceux qui savent se consacrer à l’accumulation productive, ceux qui multiplient les efforts dans le même sens. C’est sans doute la nécessité d’une coexistence, chez le même homme, de la fibre aventureuse du marchand et de celle de l’accumulateur, de Sinbad et d’Harpagon, qui fait la rareté numérique du créateur performant... »

Ce sont des réalistes, des pragmatiques : Ce ne sont pas, en général, des managers bureau créatiques percevant la réalité par des rapports formalisés utilisant des concepts sophistiqués. Ce sont des concrets : ils aiment goûter eux mêmes leur yaourt, vendre eux mêmes au client (et taper sur la caisse enregistreuse), observer sur la plate forme d’essais, rôder dans les ateliers, crayonner sur la planche à dessin.

Ce sont des mobiles, des chercheurs : Ce n’est pas toujours un avantage d’avoir un passé : il faut assurer des reconversions pour les produits à remplacer, rattraper des défaillances anciennes, assumer de la main d’oeuvre excédentaire ou des cadres déclinants, protéger des marchés menacés. La jeune entreprise menée par un homme mobile, tel un radar, peut se précipiter dans les opportunités nouvelles, dans les interstices que le changement ne manque pas de ménager ; C’est une des qualités des créateurs performants d’être inflexibles, rapides, influençables, de se précipiter dans une opportunité, mais à l’inverse de se retirer à toute vitesse en cas d’erreur...

Ce sont des vendeurs « haute pression », des séducteurs : Ce n’est pas un cas général, mais un certain nombre d’entre eux, la moitié semble t il, doivent leurs débuts à une grande force interne de conviction. Il est en effet difficile, quand on n’est encore rien, de persuader des hommes de collaborer, des clients d’acheter, des fournisseurs de livrer à crédit. Il faut souvent un degré élevé de fascination, même d’illusionnisme, pour amorcer une affaire. Souvent ils vendent à leur entourage du rêve de la vie, un spectacle...

Ce sont des autonomes, des méfiants, des égocentriques : C’est une caractéristique que l’on aurait pu mettre au premier rang car elle est « sine qua non ».

Ne sont autonomes que ceux qui ne peuvent vivre autrement, c’est à dire des personnalités ayant une méfiance instinctive de l’influence des autres, un goût maladif de l’indépendance, une incapacité de modérer leur « ego » pour vivre dans un groupe participatif.

« D’instinct, et la plupart du temps très tôt (avant trente ans), ils sont autonomes, petits ou même tout seuls, mais libres...

Ce sont des contestataires : Ceux qui sont conventionnels peuvent gérer les entreprises établies. Pour créer une entreprise nouvelle, il faut avoir quelque chose de nouveau à dire, et rien ne vaut, comme moteur de création, l’envie de contredire, de mettre en cause. L’autodidacte veut prendre sa revanche sur ces « beaux messieurs sortant d’écoles » qui ne savent pas mettre les mains dans le concret. Le petit veut contester le gros. Le « marchand », méprisé par l’établissement, veut s’imposer auprès du client. Le créateur d’entreprise ne se suffit pas d’avoir raison intellectuellement il ne conçoit sa démonstration qu’en vraie grandeur. Il veut prouver sur le terrain qu’il a raison...

Ainsi dessiné, le portrait du créateur performant peut vous paraître trop complet, et le nombre de qualités à réunir trop important. Méfiez vous : l’aventure de la création d’une entreprise personnelle n’est pas permise à tous. Beaucoup la tentent, peu réussissent. H est facile d’avoir des idées. On peut toujours trouver de l’argent’. Il est plus important au départ d’avoir un tempérament de créateur...

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