Une habile disposition, un style châtié ne suffisent pas cependant à rendre une lettre de présentation à proprement parler « intéressante ». Tout se joue dans cette perspective au niveau du contenu même de la lettre que seuls des esprits superficiels croient facile à rédiger. L’expérience prouve que les essais dans ce domaine sont rarement transformés en but. Le moindre tri dans le courrier d’un directeur de personnel conduit à séparer les lettres reçues en deux paquets d’inégale importance : d’un côté, la masse des mauvaises lettres ou des lettres banales, et de l’autre une minorité de bonnes lettres. Une bonne lettre de présentation, pour être intéressante, doit en effet répondre à trois conditions :
Témoin la lettre. Par son caractère laconique et passe partout, elle est le type même de lettre qui n’a aucune chance d’attirer l’attention d’un directeur de personnel. Le ton, bien qu’aimable, est celui d’un formulaire administratif ; le contenu, proche du degré zéro de l’information. Dès les premières lignes le lecteur reste sur sa faim elles ne lui apprennent rien qu’il ne sache déjà en décachetant l’enveloppe. Dès l’instant où en tombent deux ou trois feuillets, dont la présentation matérielle ne laisse planer aucun doute, son opinion est faite : il n’a pas besoin de parcourir la lettre pour savoir qu’il s’agit d’une demande d’emploi et non d’une requête syndicale.
Ce n’est donc pas la peine de commencer une lettre de présentation par une phrase, simple ou alambiquée, qui veut dire en substance : « je pose ma candidature dans votre société », surtout si l’on n’a pas l’intention ensuite de motiver sa candidature.
Or, c’est ici le cas. On ne sait pas ce qui attire le candidat vers la société à laquelle il écrit, quel type de poste il recherche, dans quel service ou département il espère travailler, quelles qualités il compte y faire valoir, etc. On cherche vainement, au fil de la lettre, la moindre réponse à ces questions élémentaires que ne manque jamais de se poser un directeur de personnel.
Tout compte fait, on ne sent guère chez le candidat un vif désir d’obtenir un poste : il ne propose rien, ne suggère rien, ne demande rien. Nul doute, par conséquent, qu’un directeur de personnel n’ait guère envie, après une telle lettre, de lire son curriculum vitae avec la plus grande attention. La pente sera ensuite difficile à remonter : on lui pardonnera difficilement, le cas échéant, quelques fautes dans la rédaction de son curriculum vitae. Finalement, il y a de bonnes chances pour qu’il ne soit jamais convoqué...
Si tel est le cas, la lettre de présentation outrepasse la fonction qui lui est impartie : elle ne donne plus envie de lire le curriculum vitae. Elle s’y substitue purement et simplement et le relègue au rang du document complémentaire, de magasin d’accessoires où sont répertoriés les renseignements secondaires : âge du candidat, activités de loisirs, taille et poids, etc.
Dans ce contexte, le curriculum vitae ne peut plus remplir les deux objectifs signalés plus haut et la lettre de présentation se trouve investie d’une mission d’autant plus lourde et difficile à remplir que son cadre se prête mal à un double exercice de haute voltige : obtenir un rendez vous et structurer l’entretien.
Il est rare qu’un candidat sorte vainqueur de cette épreuve épistolaire. Fréquemment le verbiage est la règle, et il fait mauvaise impression il égare l’esprit du lecteur, le détourne des points essentiels, quand il ne l’irrite pas. Témoin la lettre La forme est correcte, parfois même élégante, mais le ton reste d’un bout à l’autre celui d’une dissertation scolaire et non d’une lettre de présentation : les éléments intéressants disparaissent derrière les formules lénifiantes, les précisions chronologiques superfétatoires, et les déclarations irritantes d’autosatisfaction. Le curriculum vitae n’a plus rien à apporter d’essentiel : la lettre de présentation en a défloré le contenu...
De là, à conclure que le curriculum vitae ne doit jamais être envoyé avec la lettre de présentation, il n’y a qu’un pas que franchissent allègrement certains candidats, suivant en cela les recommandations de Carl Boll. C’est là, à notre avis, une grave erreur qu’un débutant doit se garder de commettre. Et ce, pour deux raisons
Votre curriculum vitae doit par conséquent rester la pièce maîtresse de votre dossier de candidature. Par rapport à lui, votre lettre de présentation doit jouer le rôle d’une vitrine dans une boutique. Elle ne doit pas être un amoncellement d’objets hétéroclites, ni un étal de denrées éparses, mais un étalage artistement composé d’articles rares ou banals, destinés à allécher le « client » pour qu’il franchisse la porte de votre « boutique » (votre curriculum vitae).
Dans cette perspective, plus le produit à vendre est banal, plus l’art de l’étalagiste est important. En d’autres termes, moins votre formation ou votre expérience sont originales, plus vous devez procéder avec doigté pour en mettre en relief le caractère unique et ne pas donner la fâcheuse impression de vous être forgé, pour les besoins de la cause, des performances de cadre confirmé.
Telle doit être la qualité essentielle d’une lettre de présentation : elle doit être écrite en tenant le plus expressément compte des préoccupations de celui qui la reçoit, qu’il s’agisse d’un chef d’entreprise, d’un directeur de service public ou d’un directeur de personnel. A sa lecture, votre candidature doit leur apparaître comme une réponse aux problèmes qu’ils cherchent à résoudre en recrutant des cadres débutants.
Ce faisant, ils ne poursuivent pas du tout les mêmes objectifs que lorsqu’ils recrutent des cadres confirmés vous êtes pour eux une source potentielle de talents qui demande à être confirmée et orientée sur une période plus ou moins longue, alors que les cadres confirmés sont pour eux des richesses immédiatement exploitables. Le recrutement de cadres débutants est, à leurs yeux, un investissement à moyen terme.
Partant de là, on ne vous demande pas de fournir la preuve que vous êtes immédiatement opérationnel, on ne vous sélectionne pas sur vos mérites et vos performances passés. On apprécie essentiellement l’adéquation entre votre profil psychologique et le profil requis par la fonction où vous souhaitez mettre en valeur vos qualités, votre capacité à vous intégrer, humainement parlant, au sein de l’équipe formée par un service ou l’entreprise tout entière, votre volonté de travailler efficacement à la prospérité de l’entreprise en vous pliant à certaines règles du jeu (sans pour autant abdiquer votre personnalité) avec tout ce que cela comporte, parfois, de soumission à l’ esprit maison.
Dans cette perspective, pour intéresser un directeur de personnel, vous devez lui montrer dans votre lettre de présentation que vous comprenez la signification qu’a pour lui votre candidature (elle est une réponse à un problème qu’il a à résoudre), ses objectifs (attirer les meilleurs talents), ses contraintes (découvrir les profils psychologiques correspondant aux caractéristiques des postes à pourvoir) et ses soucis (conserver le plus longtemps possible les « jeunes loups » talentueux). Par là même, vous fournirez la preuve d’une qualité fort appréciée chez un débutant, parce qu’elle est rare : la maturité psychologique, que l’on peut définir notamment comme la capacité à s’ouvrir aux besoins des autres.
L’analyse d’un certain nombre de lettres reçues conduit sur ce plan à d’instructives conclusions, dans la mesure où l’on y décèle un certain nombre d’erreurs à ne pas commettre. La plupart des candidats débutants témoignent en effet d’un manque de maturité psychologique dont les signes patents apparaissent dans leurs lettres de présentation. Une lettre en forme de poème, par exemple, révèle une tendance infantile. à l’exhibitionnisme, en ce sens qu’elle traduit un souci de se distinguer, d’attirer l’attention sur soi et d’impressionner à tout prix par une attitude originale qui ne tient pas compte des exigences propres de la situation (la quête d’un emploi) et des réactions prévisibles de l’interlocuteur (un directeur de personnel). Ce manque de maturité est également sensible dans des lettres beaucoup moins originales et fort classiques. Témoin la lettre Au delà de ses imperfections formelles, elle révèle une candidate pour le moins immature. On s’en rend compte essentiellement dans les deux ou trois premières lignes dont le ton suffisant témoigne d’une admiration pour le moins complaisante. de soi même et d’un manque d’ouverture aux besoins de l’interlocuteur auquel elle est adressée. La formulation ne laisse planer aucun doute sur ce plan :
Votre organisation m’intéresse et je souhaiterais poser ma candidature dans celle ci. Dans mon curriculum vitae que vous trouverez ci joint, vous verrez que j’ai une expérience professionnelle de dix huit mois dans une administration publique et que, par ailleurs, ma formation universitaire est assez diversifiée.
Et la candidate de poursuivre sans le moindre complexe : Au point de vue rémunération, il me semble que mes qualifications me permettent d’atteindre un salaire annuel de l’ordre de 50000 F Ni plus, ni moins !
On devine le commentaire : un directeur de personnel ne prend pas en considération une candidature parce que le poste « plaît » ou « intéresse » le demandeur, mais parce que les aptitudes du candidat correspondent aux exigences du poste à pourvoir. A ses yeux, votre candidature ne devient pas ipso facto intéressante parce que vous lui faites l’honneur de la poser, ou parce que vous justifiez des diplômes requis, ou encore parc&que vous exposez avec suffisance un bric à brac de diplômes et d’expériences. Le fait de réclamer un salaire, sans commune mesure avec ce qu’on offre habituellement à un débutant, ne peut que renforcer son impression défavorable à votre endroit.
Tout compte fait, la formulation adoptée par la candidate dans la lettre , outre le fait qu’elle en dit long sur son immaturité et son ignorance du français, est de celles qui provoquent l’élimination pure et simple d’une candidature, avant même la lecture du curriculum vitae.