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 La scène de l’entretien le jeu de l’interviewer

Le prélude des examens psychologiques terminé ou éludé selon le bon vouloir du meneur de jeu, vous allez maintenant vivre la scène principale de ce dernier acte : celle de l’entretien. Nous usons ici du singulier car l’entretien sera la plupart du temps unique. Parfois cependant, il aura lieu en plusieurs temps : vous serez convoqué deux, trois fois même par des personnes différentes appartenant l’une au service du personnel, les autres au service dont vous dépendrez peut être. Dans tous les cas, toutefois, la scène se déroulera suivant le même scénario.

L’entretien sera éprouvant, surtout la première fois : vous allez jouer « votre » poste, non sur un coup de dés mais sur un simple échange de vues d’une à deux heures. L’enjeu mérite que vous vous prépariez bien avant de faire vos premiers pas devant le meneur de jeu...

Préparez votre dossier

Tel un bon vendeur qui passe des heures à affûter ses arguments de vente et à parfaire la connaissance de ses références, vous devez prendre le temps d’apprendre à mettre en valeur l’unique produit que vous avez à vendre vous même. Une bonne préparation vous permettra, non seulement de savoir vous « vendre » plus efficacement, mais d’être plus confiant en vous même, ce qui est capital, car la fermeté et le calme du ton donnent le plus souvent une impression décisive. Mais ne vous faites pas d’illusions : vous n’enlèverez pas l’affaire à l’esbroufe ! Votre phase de préparation doit être consacrée à trois tâches. Seule la première sera analysée ici, les deux autres étant explicitées par la suite.

Apprenez à connaître l’entreprise dans laquelle vous postulez un emploi. A vous de juger, suivant le temps dont vous disposez, jusqu’où vous pouvez pousser votre connaissance de l’affaire. II faut en principe que vous sachiez au minimum l’histoire de l’entreprise (dans ses grandes lignes), ce qu’elle fabrique ou vend, où elle est installée (siège social, usines, laboratoires, etc.), quel est son quel est le nombre de ses employés. Vous aurez peut être quelque mal à collecter ces renseignements anodins à propos d’un grand nombre de P.M.E. ou de P.M.I. qui font peu parler d’elles. Faites vous une raison : l’affaire n’est pas pour autant « dédaignable ». Vous demanderez personnellement ces renseignements à la personne qui vous recevra.

Pour toutes les autres entreprises (sociétés cotées en Bourse, entreprises leaders dans leur secteur, etc.), tous ces renseignements figurent soit dans les rapports annuels, soit dans les brochures publicitaires, soit dans les articles des journaux économiques et financiers (L ’Expansion, Les Informations, La Vie française, Les Echos, etc.). Prenez la peine de lire l’un ou l’autre de ces titres régulièrement : vous pourrez ainsi vous familiariser avec le monde dans lequel vous allez pénétrer. N’hésitez pas à téléphoner à leurs services de documentation pour savoir si elles ont consacré un ou plusieurs articles à la société où vous vous présentez.

A signaler, une bonne adresse : la Chambre syndicale des Agents de Change’ dont le service de documentation met à la disposition de tous une série de dossiers sur les secteurs industriels et sur les différentes sociétés cotées (bilan, rapports annuels, articles de presse, etc.).

Préparez vous à l’entretien

Faites votre inventaire personnel, afin de pouvoir résumer en dix minutes vos qualifications, vos expériences et les raisons pour lesquelles vous postulez un tel emploi. Dressez la liste de vos arguments et prévoyez les objections...

Faites la liste des questions clefs que vous souhaitez poser afin d’éviter de vous rendre compte, après l’entretien, que vous avez précisément oublié de poser « la plus importante ». Dans votre intérêt les questions doivent porter principalement sur es conditions de travail, les perspectives d’avancement, les plans de formation, les formes de rémunération, etc.

Trois styles d’interviewer...

Pénétré de votre dossier, vous attendez maintenant dans l’antichambre ou dans la salle d’attente. Dans quelques instants la porte va s’ouvrir vous serez face à face avec votre juge : l’interviewer. Un homme comme les autres généralement affable, souriant, amical (sans plus). Il devine votre anxiété. Il vous aide à vous décontracter.

Que va t il se passer ? Tout dépend de l’attitude qu’adopte à votre encontre l’interviewer. C’est à vous de le jauger » dès les premières minutes d’entretien. Mais méfiez vous des jugements hâtifs. S’il est froid et taciturne, cela ne signifie pas pour autant qu’il est un examinateur impitoyable. A contrario, s’il est d’abord aimable et accueillant, il n’est pas pour autant un auditeur complaisant et facile à berner. L’expérience des examens universitaires (dont l’esprit est totalement différent des entretiens de sélection) a dû, sur ce point, suffisamment vous échauder pour qu’il ne soit pas nécessaire de s’y étendre.

Plutôt que de vous livrer à des supputations erronées sur la sévérité ou l’indulgence de votre interrogateur, vous devez vous efforcer d’apprécier à quel style d’interviewer vous avez affaire, afin de modeler votre comportement en conséquence. On rencontre en gros trois types d’interviewers les « non directifs », les « directifs » et les « semi directifs ».

S’il est non directif, il vous laissera vous débrouiller tout seul, « déballer votre sac » après avoir expliqué brièvement les règles du jeu et défini le sujet de l’exposé sous forme d’une question lapidaire du style « Pouvez vous m’expliquer pourquoi vous sollicitez un poste dans le marketing ? ». Votre monologue achevé, il se contentera de faire le point de vos dires puis de revenir sur quelques aspects particuliers de votre discours, en écoutant vos réponses en silence. Au terme de l’entretien, vous serez généralement perplexe sur son résultat...

Si l’interviewer est de style directif, il mènera d’un bout à l’autre l’entretien comme un interrogatoire suivant un plan préétabli, balayant systématiquement toutes les phases de votre existence milieu d’origine, formation scolaire et universitaire, milieu actuel, loisirs, stages, service militaire, choix de la profession, projets d’avenir. Rien ne sera laissé dans l’ombre ; vous aurez parfois l’impression d’être désarmé...

La plupart des interviewers sont du troisième type, soit du style semi directif. L’entretien prend avec eux l’allure d’une aimable conversation où chacun des deux interlocuteurs assume à tour de rôle le contrôle de la situation. L’interviewer n’a pas de plan systématique mais un simple canevas, pas de questions précises mais un certain nombre de lignes directives à explorer. Il vous guide sans contrainte, tire sur les rênes si vous déviez, épouse vos mouvements pour mieux contrôler votre course et vous conduire là où il veut aller. Le parcours est, sans contexte, le plus agréable des trois.

Mais le même objectif : trouver le meilleur

Bilan : trois hommes ; trois styles d’interview. L’objectif poursuivi n’est il donc pas le même dans les trois scènes ? Grave erreur d’interprétation. Qu’ils soient directifs, non directifs ou semi directifs, les interviewers abordent généralement les mêmes thèmes au cours de leurs investigations. Non directif, il attend même que vous les abordiez de votre propre chef sans être obligé de vous harceler. Dans les deux autres cas, la direction imprimée par le meneur de jeu est plus ou moins claire mais nette. L’interview garde cependant l’apparence d’une suite de répliques, d’une conversation à bâtons rompus, d’un discours sans logique. L’unité du film disparaît derrière la succession des plans. Elle existe bel et bien cependant. A bien y regarder, un fil d’Ariane relie tous ces thèmes. Toutes les questions convergent autour d’un thème central que traduit fort justement l’interrogation sans fard de l’interviewer non directif : <(Pouvez vous m’expliquer pourquoi vous sollicitez un poste dans... ». En d’autres termes : « Pourquoi êtes vous là aujourd’hui devant moi ? Justifiez votre présence... »

Vous voilà aussi revenu au point de départ : l’interviewer vous oblige à expliciter la démarche que vous avez suivie avant de choisir, à refaire avec lui cette fois mais en raccourci le chemin que nous avons fait ensemble depuis le début de ce livre. En somme, il veut apprécier la cohérence de votre choix, dans quelle mesure il est la suite logique d’un projet mûri ou non, de vos orientations antérieures sur le plan scolaire et universitaire, de vos attitudes passées dans la vie quotidienne, durant les loisirs, les stages, etc. (voir p. 264 l’encadré : « Les trente questions les plus fréquemment posées »). Les coups de sonde en direction de votre passé n’ont pas d’autre but : en vous interrogeant sur votre histoire personnelle, il s’intéresse non seulement à ce que vous avez vécu mais à la façon dont vous avez profondément ressenti ce vécu. Et les questions se succèdent, tels des boulets de canon : Qu’avez vous fait ? Pourquoi ? Que pensez vous du résultat obtenu ? Agiriez vous de même aujourd’hui ? Pourquoi ? etc.

L’interviewer ne vous laisse pas en paix : au fil de la conversation, sous le couvert de questions anodines (« Aimez vous les travaux routiniers ? Préférez vous travailler seul ou en équipe ? Vos amis vous demandent ils conseil ? », etc.), il cherche les dominantes de votre personnalité, vous pousse dans vos retranchements, tente de déceler si vous avez fait preuve ou non, au cours de vos expériences antérieures, des qualités requises pour le poste que vous convoitez. Le panorama est complet. Les projecteurs s’allument les uns après les autres...

Aussi vous apparaît il avec clarté l’intérêt de la réflexion que nous vous avons imposée dans les chapitres précédents : mieux vous vous serez préparé, plus vos réponses paraîtront improvisées, plus votre choix paraîtra et sera cohérent... Dans cette perspective, le rôle stratégique du curriculum vitae (préparer votre entretien) doit également vous paraître incontestable : en soulignant les points clefs de votre histoire, de votre formation, de votre expérience, vous invitez’ l’interviewer à braquer immédiatement le projecteur sur eux et eux seuls. La partie vous permet de mieux vous faire connaître et valoir.

Conséquence : quelle attitude devez vous adopter face à l’interviewer ? Passons en revue à nouveau les trois cas de figure :

Si l’interviewer est non directif, l’épreuve sera particulièrement éprouvante. Vous vous en sortirez brillamment en exposant calmement, pendant cinq ou six minutes, les raisons qui vous ont amené à poser votre candidature au poste que vous convoitez. Mais pas question d’improviser. Ne sachant pas d’avance qui sera votre interlocuteur, vous devez vous préparer à toute éventualité : rédigez par écrit votre argumentation, pénétrez vous en sans l’apprendre par cour, testez la auprès de vos amis. Si vous disposez d’un magnétophone, enregistrez votre discours, écoutez le plusieurs fois et corrigez au fur et à mesure les fautes qui vous frappent. Vous acquerrez aussi, si besoin est, une bonne maîtrise de votre diction. On appréciera, soyez en sûr, la qualité de votre élocution.

Si l’interviewer est directif, votre intérêt est de rejoindre brièvement et précisément à ses questions, en étant le plus factuel possible, mais en évitant cependant de répondre par monosyllabes telles que "foui " ou « non ». Gardez vous d’ânonner ou de vous lancer dans des explications oiseuses. Les hésitations ou le verbiage font mauvaise impression. Mais profitez de chaque occasion pour mettre en valeur l’originalité de votre expérience et de votre formation.

Si l’entretien est de style semi directif, rien n’est plus difficile, malgré les apparences, que de bien s’y comporter. L’alternance des questions et des réponses doit vous permettre d’orienter la conversation sur les aspects les plus intéressants de votre personnalité et vos expériences les plus marquantes. Procédez avec doigté et habileté. Ne coupez jamais la parole de votre interlocuteur.

Pour vous préparer à ces deux derniers types d’entretien, réfléchissez aux questions que l’on peut vous poser (voir tableau I), prévoyez les objections que l’on risque de vous faire. Allez même jusqu’à vous entraîner : l’un (e) ou l’autre de vos amis (ou amies) se trouve dans la même situation que vous, jouez avec lui (ou elle) la « scène de l’entretien » : à tour de rôle empruntez l’habit du sélectionneur et celui du candidat. Ne laissez rien au hasard...

Le premier entretien sera difficile : affrontant une situation inconnue sans commune mesure avec celle d’un examen, vous serez quelque peu ému. Au bout du dixième, vous serez bien rodé. Au fur et à mesure, vous pourrez améliorer votre présentation, ajuster vos réponses et vos questions, faire votre autocritique, prendre confiance en vous et acquérir plus d’assurance. Chaque entretien vous semblera plus facile et plus profitable que le précédent.

Dans tous les cas, jouez « carte sur table ». Vous avez tout intérêt à ne pas farder la vérité. Vous ne réaliserez votre épanouissement professionnel, voire humain, qu’à la condition d’embrasser une carrière répondant à vos qualifications, vos traits de caractère et vos aptitudes. En vous préparant bien puis en avançant à visage découvert, vous faciliterez la recherche de cette adéquation...

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