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 Un parcours à quatre vitesses

Reprenons notre comparaison automobile. Vous allez conduire votre carrière comme votre voiture : commencer par embrayer en « première » pour démarrer, passer très vite en seconde pour rouler normalement, monter en « troisième » pour prendre de la vitesse et terminer en quatrième seulement si l’état de la route le permet.

Votre carrière va se dérouler. au rythme de ces quatre « temps » : à la première vitesse correspond la formation ou l’apprentissage ; à la « seconde » le rodage ou l’acquisition d’une expérience ; à la « troisième », l’exercice des premières responsabilités ; à la « quatrième » enfin, l’accès aux postes de décisions. Plus vous avancerez, plus le passage à la vitesse supérieure sera difficile. Vous passerez facilement de « première » en « seconde », plus ou moins vite de « seconde » en « troisième ». La course sera déjà en partie jouée au moment où vous l’engagerez : la vitesse acquise vous permettra ou non de pousser votre moteur au maximum de son rendement. Après, la grande majorité continuera à rouler à cette allure ; quelques uns seulement monteront en « quatrième ». Chacune de ces vitesses joue un rôle par rapport à votre évolution personnelle (développement de votre maturité, réalisation du moi) et professionnelle (acquisition d’une expérience effective). Si vous les passez mal, votre moteur grincera, se bloquera, ou pire, tombera en panne. Aussi, pour vous éviter ces ennuis mécaniques, en précisons nous ici les rôles respectifs avant de les analyser plus profondément.

La première vitesse ou période de formation peut durer, suivant les firmes, de six mois à deux ans. Son rôle est précis : vous permettre d’opérer (sans grincement pénible mais non sans douleur) votre passage de la vie étudiante à la vie professionnelle ; vous familiariser avec les procédures, les méthodes de travail et le mode de vie de l’entreprise où vous allez faire vos premiers pas ; vous former à proprement parler sur le plan théorique ou pratique avant de vous lâcher la bride.

Vous devez profiter au maximum de cette période, quel que soit le prix qu’il vous en coûte : heures de travail, supplémentaires, ténacité, lutte contre le découragement, patience, etc. Si vous ne réussissez pas à surmonter votre découragement, vous allez perdre de précieuses années : dans toute organisation, l’apprentissage est difficile, voire rébarbatif. Passer d’une firme à une autre, c’est changer de douleur et non lui substituer un plaisir. Si vous n’assimilez pas avec humilité (c’est à dire sans les contester systématiquement) les données de base que l’on vous inculque, si vous vous comportez comme un voyageur en transit ou si vous ne profitez pas de ce moment de répit pour sortir (enfin) de l’enfance, votre efficacité future s’en ressentira et, du même coup, votre progression sera ralentie.

La seconde vitesse ou période de rodage dure de deux à cinq ans. Elle est, sans conteste, plus intéressante que la première on vous laisse la possibilité de travailler de votre propre initiative, de mettre en pratique votre formation et de vous mesurer avec les réalités. Du même coup, on commence à vous évaluer. On attend de vous que vous acquerriez une compétence réelle dans le domaine où l’on vous a formé. On compte sur vous pour obtenir des résultats tangibles, voire même .pour réaliser des performances. Ainsi, si vous travaillez dans le service des ventes, on observe votre capacité à prendre contact avec de nouveaux prospects, à les convaincre, à maintenir les commandes à un bon niveau ou à obtenir de nouvelles commandes. Peu à peu, on vous confie la responsabilité d’une ou plusieurs personnes.

Cette période est capitale. C’est à son terme qu’interviendra votre première promotion à un poste de responsabilité, plus ou moins important. On appréciera, avant de vous le confier, la manière avec laquelle vous avez assimilé les connaissances de base indispensables, accompli vos premières tâches, pris vos premières initiatives ou décisions, motivé et supervisé vos premiers collaborateurs. Votre « image de marque » se formera dès cette époque. Elle vous suivra tout au long de votre carrière...

La troisième vitesse, ou période d’exercice des premières responsabilités, n’a pas de terme assuré : la plupart y plafonneront ; seuls quelques uns la dépasseront. C’est de loin la plus passionnante mais aussi la plus risquée : vous allez prendre en main une ou plusieurs unités opérationnelles, services ou produits. Vous avez la responsabilité d’une équipe plus. ou moins étoffée et du même coup vous devez déléguer ; vous avez à résoudre des problèmes de plus en plus complexes dont l’impact sur la firme, les collègues et la clientèle va croissant. En somme, vous commencerez à conduire seul sur une piste de course...

On vous attend aux virages. Si vous les passez avec brio, vous vous placerez en bonne position pour affronter la dernière ligne droite. Si vous les franchissez tant bien que mal, vos concurrents vous dépasseront. Si vous perdez les pédales, votre progression sera stoppée net. En d’autres termes, si vous ne vous êtes pas imposé par votre compétence et par vos talents, si vous n’avez pas fourni la preuve de votre capacité à diriger des hommes et à obtenir d’eux des résultats tangibles, si vous ne vous êtes pas distingué du commun des mortels par vos performances et si vous n’avez pas solidement établi votre réputation dans votre propre organisation comme à l’extérieur, vous n’avez guère de chances de vous voir proposer une brillante promotion interne ou de vous voir offrir, par des « chasseurs de têtes », une alternative de carrière intéressante, tant sur le plan responsabilités que rémunération.

C’est à cette période en effet, que les salaires se répartissent en deux courbes, correspondant grosso modo à deux types de carrière. Jusqu’à la trentaine, les rémunérations croissent de façon à peu près identique, quel que soit le posté choisi au départ. Par la suite, deux voies se présentent pour un cadre. La première voie, qui plafonne à des rémunérations d’environ 7000 F par mois, correspond « aux postes de gestion routinière, à tâches définies, dans des sociétés très structurées », où « la prise de décision se dilue dans l’anonymat des équipes de travail ». La seconde voie regroupe les postes « évolutifs » qui jouent un rôle important dans la préparation des décisions (détection, formulation et résolution des problèmes) dont les rémunérations atteignent un palier aux alentours de quarante ans ou continuent à progresser, même au delà de cinquante ans, lorsqu’ils débouchent sur des postes de responsabilité totale et effective.

La quatrième vitesse, ou période d’accès aux postes de décision, peut être atteinte à tout moment. Les brillants ou les plus chanceux (décès ou départ du supérieur hiérarchique) l’atteignent tôt : entre trente deux et trente cinq ans, rarement avant dans les organisations de bonne taille (plus de 10 millions de francs de chiffre d’affaires). D’autres y parviennent plus tard : entre trente huit et quarante deux ans. Il n’y a pas de règle en cette matière.

La promotion ne s’opère plus alors, au même rythme : on peut rester à un poste de décision (par exemple : directeur de marketing) dans une entreprise, occuper le même ’poste de décision dans une autre firme avec des responsabilités plus importantes, ou accéder à une direction générale, plus ou moins lourde. Les compétences acquises, les performances obtenues, le tempérament, la chance pèsent d’un poids divers dans ces transferts verticaux ou horizontaux. Une carrière brillante peut s’arrêter à tel ou tel niveau, une autre se poursuivre à un stade plus élevé. On ne se réalise pas soi même uniquement en devenant directeur général ou P. D.G...

Cette dernière période, comme la troisième,, n’est pas l’objet de ce livre. Aussi, pour la troisième, nous contenterons nous de formuler quelques conseils sur la manière de l’aborder efficacement. Quant à la dernière et quatrième période, nous n’en traiterons pas ici. Les deux premières vitesses méritent à elles seules une analyse approfondie car l’expérience prouve qu’elles jouent un rôle déterminant dans la genèse d’une carrière, tant sur le plan humain que strictement professionnel.

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