Si vous êtes apprécié, il va très vite s’allumer. On va vous confier des responsabilités croissantes. Vous allez, par exemple, devenir chef de produit puis chef d’un groupe de produits ou passer d’un poste de contrôleur de gestion d’une usine à celui de chef de service de la comptabilité industrielle pour l’ensemble des usines. Du même coup, les problèmes que vous allez avoir à résoudre vont être plus complexes et plus difficiles. Les solutions que vous leur donnerez auront des conséquences sur un nombre de plus en plus étendu de personnes vos collaborateurs ou collègues si vous mettez en place un nouveau système de contrôle budgétaire, par exemple, les consommateurs (si vous lancez un nouveau produit, par exemple) et la firme dans son ensemble (si vous augmentez les bénéfices ou si vous accumulez les pertes, par exemple).
Il va s’allumer de lui même si, durant cette période de votre carrière, vous construisez votre réputation tant à l’intérieur de la firme qu’à l’extérieur. En réussissant mieux que les autres les missions qui vous seront confiées, vous vous imposerez à vos camarades de travail qui auront mauvaise grâce à ne pas reconnaître vos compétences ; parallèlement, vous vous ferez remarquer de vos supérieurs hiérarchiques. Votre renommée franchira les frontières de l’entreprise les clients feront attention à vous, les agences de publicité vous respecteront, les concurrents diront de vous « Il est très fort » ; votre nom sera cité dans les revues professionnelles ou dans les magazines économiques.
Il rougira dans la mesure où vous ferez l’objet, durant cette période, d’une proposition de transfert vertical (passer de chef des ventes à chef de produit, par exemple) ou d’une mutation géographique (être nommé directeur d’une usine après avoir été ingénieur au siège, par exemple). Cette nouvelle affectation correspond généralement à une promotion : elle signifie que la direction entend juger votre capacité à résoudre des problèmes nouveaux et complexes avant de vous promouvoir à un poste de décision tel que directeur commercial ou directeur de la production, par exemple. Si vous le refusez pour des raisons diverses (ex : je ne veux pas aller en province), on risque d’en déduire que vous manquez d’enthousiasme pour le travail ou que vous manquez de confiance en vous pour affronter des difficultés nouvelles.
Il s’allumera d’emblée si, compte tenu de vos mérites et de vos performances, l’on vous confie des responsabilités plus importantes ou si l’on vous promeut à un poste plus élevé. Toute promotion se traduit généralement par une augmentation de salaire. Si vous êtes apprécié, votre rémunération se situera très vite au sommet de l’échelle où se répartissent les salaires des cadres ayant atteint la période de premier exercice des responsabilités.
Il ne s’allumera qu’au prix d’un long effort de votre part pour développer cette aptitude si difficile à acquérir, car elle réclame un degré très élevé de développement psychologique. On ne peut bien déléguer, en effet, que si l’on est capable d’accepter les risques qu’une telle délégation comporte (soit une forte capacité à vivre dans l’incertitude), de reconnaître les capacités des autres à les assumer, de les contrôler sans les étouffer (soit une forte aptitude à entrer en relation avec les autres). L’aptitude à la délégation est une preuve de maturité émotionnelle...
Tout compte fait, si vous voulez savoir où vous en êtes au cours de la troisième période de votre carrière, il vous suffit de jeter périodiquement un coup d’oeil à votre tableau de bord. Et de vous poser des questions : Ai je plus ou moins de responsabilités qu’il y a un an ? Ai je été remarqué à l’intérieur de la firme ? Me suis je fait connaître à l’extérieur ? Quand ai je bénéficié d’une promotion ? Comment a évolué mon salaire ? Suis je capable de déléguer ? etc.
Si toutes ces questions font l’objet de réponses négatives, force vous est de conclure, en toute honnêteté, que vous n’avez guère de chances d’accéder à un poste de décision. Si quelques points noirs seulement apparaissent (salaire insuffisant, faible réputation, manque de délégation, etc.), faites votre examen de conscience avant d’accuser la société de négligence à votre égard. Vous êtes le premier responsable de vos faiblesses... Rien ne vous empêche, ensuite, d’en débattre avec votre supérieur au cours d’un entretien d’évaluation, librement provoqué. Cependant, si seul votre salaire vous chagrine, n’abordez pas la question d’emblée. Placez la discussion sur un plan plus élevé méthodes d’appréciation des performances, perspectives de promotion personnelle, projet d’expansion de la firme, etc. La question du salaire tombera d’elle même sur le tapis...
Cela dit, quelles que soient les garanties ou les assurances que l’on vous donne, vous ne manquerez pas tôt ou tard de vous poser ce problème majeur : dois je rester dans la firme qui m’emploie depuis le début de ma carrière ou tenter ma chance ailleurs ? Nous trancherons rapidement cette question qui réclamerait à elle seule de longues analyses car elle soulève le problème vaste et complexe de la mobilité de l’emploi, de son utilité et de ses conditions qu’il n’y a pas lieu d’aborder ici. De toute façon, votre réponse est nette.